Edward aux mains d'argent : là où naissent les flocons...

Les oeuvres d'Edward sont de glace

Que le monde, que la réalité manquent de poésie, c'est une chose. Ca peut arriver. Souvent.
Que le cinéma en manque, c'est autrement plus grave.

Par chance certains réalisateurs savent mettre de la poésie dans leurs oeuvres.

Alors, je fais partie des détracteurs de Alice in Wonderland. L'objet de ce site étant plus de partager des coups de coeur que de dresser des cahiers de doléances, voire de jouer aux critiques de films , je ne m'étendrai pas outre mesure sur ma déception concernant ce film. Tout juste, me contenterai-je de regretter que l'héroïque ait remplacé l'onirique et que la folie du chat du Cheshire ait été remplacée par deux yeux vers destinés (à l'instar du Chat Potté dans Shrek) à déclencher des "ohhh qu'il est mignon !". Bref, limite... la version Disney était plus inquiétante (oui, je sais, c'est mal de dire des choses comme ça, je m'auto-flagellerai quand j'aurais 5 minutes).

Quant-aux raisons de ce changement chez Mr Tim Burton, je m'interroge encore :
- obligations contractuelles d'un film à gros budget ?
- fatigue prématurée du réalisateur ?
- mollesse due à un compte en banque trop rempli ?
- appétit immodéré pour son épouse, Helena Bonham Carter ?

Je m'égare ...

Les erreurs du présent n'enlèvent rien aux réussites du passé et je reste très reconnaissant à Mr Burton pour un certain nombre de ses films.

Dont bien évidemment Edward Scissorhands (Edward aux mains d'argent).

Si le film, héritier du monstre du Dr Frankenstein, est une critique finalement assez acerbe de la vie bien réelle des américains bien moyens, l'onirisme y tient une bonne place.

Et notamment la fin, où Kim Boggs (Winona Ryder), devenue grand-mère, s'interroge sur le devenir d'Edward (Johnny Depp).

Elle explique à sa petite fille qu'avant l'arrivée d'Edward, il ne neigeait jamais, mais que désormais, chaque année, la neige tombe.

L'explication vient en images, quand la caméra se pose sur la sculpture limpide d'une jeune fille dansant sous la neige (Kim, telle qu'Edward se la représente dans son souvenir) tandis qu'en fond les mains argentées d'Edward s'agitent sans cesse, générant des millions de flocons de neige, qui s'échappent par la fenêtre pour prendre leur envol.

Malgré les années, un lien intangible continue d'unir les deux personnages.
Kim devenue vieille se refuse à revoir Edward, qui - lui - est resté jeune.
Et la sculpture lui donne raison : sa jeunesse est restée intacte dans l'esprit et sous les "mains" tranchantes de l'artiste esseulé.

Si la scène est empreinte à la fois de poésie et d'une forme d'optimisme, je ne peux m'empêcher de ressentir de la tristesse. Pas pour Edward, qui finalement, s'efface, immortel et hors d'atteinte, dans la légende. La tristesse, je la ressens plutôt pour Kim, devenue vieille. Car dans cette scène, selon moi, elle n'est pas sans rappeler la Wendy du film Hook de Spielberg (1992), laquelle, devenue grand-mère a vu sa petite fille épouser ... Peter Pan.

Ironiques et cruels destins de deux femmes aimantes ...



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