Des Hommes et des Dieux : simplicité biblique

Des Hommes et des Dieux

Des Hommes et des Dieux de Xavier Beauvois sorti en 2010 propose un témoignage plus ou moins romancé sur l’assassinat des moines de Tibhirine en 1996. Le sujet était délicat voir sensible mais le film a rencontré son publique et obtenu un César.
Il présente la vie quotidienne mais également les peurs et les doutes d’une communauté de moines dont le Prieur (le “frère en chef”) est joué par Lambert Wilson. Sept de ces moines ont été enlevés et assassinés en 1996. Les circonstances de leur mort restent encore à ce jour controversées.

Je vous propose de voir ou revoir la scène finale de ce film.
Les jeux sont faits, ils savent tous qu’en restant au monastère ils risquent leur vie. La guerre civile gronde et la question se pose. Faut-il partir pour continuer à servir Dieu ailleurs ou faire face et ne pas laisser l’oppression prendre le dessus ? C’est peut-être ça la définition de la foi. Être en mesure de donner sa vie pour Dieu ... et il est clair qu’ils ont la foi chevillée au corps et à l’âme.

Dans cette scène, ils sont tous attablés, seule une place reste vide. L’ambiance est bien sûr un peu morose mais le frère médecin, Michael Lonsdale, qui arrive le dernier, porte deux bouteilles de vin. D’un pas lent, il s'approche et les dépose sur le comptoir de la cuisine. Il se tourne vers un vieux poste à cassette, appuie sur play et le Lac des Cygnes de Tchaikovsky résonne dans le réfectoire froid.

Dès lors les visages s’illuminent tant pour le vin que pour la musique. J’ai été touché par leurs sourires lorsqu’ils portent les verres de vin à leurs lèvres mais surtout par cette joie fragile et fugace qui se transforme peu à peu en vague à l'âme teinté de résignation. Ils finissent tranquillement leurs verres goûtant également la musique qui prend peu a peu de l’ampleur. Les yeux se mouillent, se ferment ou se perdent dans le vide. Ils semblent avoir atteint une sorte de paix intérieure qui rassure et renforce la foi mais des regards lourds, chargés, laissent percevoir angoisse et peur. Certains pleurent, d’autres semblent sereins.
Les regards joyeux ont laissé place à des yeux vides qui cherchent une raison de rester ou une de partir. Le plus simple n’est-il pas de rester et de faire face avec comme seule armure une foi inébranlable ? Le plus raisonnable n’est-il pas d’aller servir dieu sous des hospices plus sereins ?

Le contraste est saisissant entre la rigueur et l’ennui d’un repas monastique qui se transforme l’espace d’un instant en moment de joie et de réconfort, grâce à une bouteille de vin et un morceau de musique classique, puis glisse finalement vers le doute, la peur et la résignation béate.

Ils sont conscients du risque qu’ils prennent en restant sur place. Ils remettent simplement et humblement leurs vies entre les mains de dieu.

Même si l’on peut émettre certaines réserves sur le film ou en discuter l’approche, cette scène finale est d’une pureté éclatante. C’est de l’émotion concentrée, de la simplicité biblique



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