Je vais bien ne t'en fais pas : tragédie familiale intense et bouleversante

Kad Merad enlace Mélanie Laurent dans "je vais bien ne t'en fais pas"

Je vais bien ne t'en fais pas, un film de Philippe Lioret, sorti en 2006, et adapté du livre du même titre, c'est l'histoire complètement folle et bouleversante de Paul et Isabelle Tellier (Kad Merad et Isabelle Renauld) qui tentent de protéger leur fille Elise (Mélanie Laurent) en lui cachant la mort tragique de son frère jumeau.

A son retour de vacances en Espagne, ses parents viennent la chercher à la gare routière. L'ambiance est lourde et complètement décalée. D'un côté la joie d'une jeune fille de 19 ans confrontée à la morosité apparente de ses parents. Il lui annoncent que son frère a claqué la porte de la maison après une dispute de trop avec son père.

Et commence alors un lent processus de destruction d'Elise qui manque de peu de succomber à la douleur insupportable qu'elle ressent dûe à l'absence de nouvelles de son frère. Car bien qu'elle lui laisse des dizaines de message, au fil des jours elle s'interroge. Est-il encore vivant ? Une simple dispute ne suffit pas à disparaître comme ca et à l'abandonner, elle, sa jumelle.

Après cette longue descente en enfer dont elle est sortie grâce aux cartes postales qu'elle reçut de son frère, elle va reprendre le dessus et partir à sa recherche jusqu'au jour ou elle se rendra compte que c'est son père qui envoyait ces cartes.

Ce n'est en fait qu'à la fin du film que l'on comprend que son frère est mort, grâce à son ami qui se retrouve par hasard dans un cimetière à côté de sa tombe. Ses parents lui ont caché la vérité pour la protéger.

Et là, l'ensemble du film prend une autre dimension, toutes les scènes que l'on trouvait austères, l'ambiance lourde, la froideur de ses parents, leur absence de réaction quand à la fuite de leur fils, tout s'éclaircit dans notre esprit.

Ils lui ont tout caché puis imaginé une histoire rocambolesque pour lui éviter de sombrer lorsqu'elle s'est retrouvée dans une unité psychiatrique fermée car elle refusait de s'alimenter. Son père a commencé à inventer à son fils une vie de nomade, jouant de la guitare dans des bars en bretagne, puis ici ou là. C'est cette première carte qui lui redonna l'envie de se relever et de manger, mais partant à sa recherche elle tombe sur un homme qui poste une carte, c'est son père. Son frère l'a donc totalement abandonnée et ne lui a jamais écrit, mais son père l'a sauvée en lui écrivant ces lettres et elle le sait.
Quelle preuve d'amour intense d'un père pour sa fille. Quand elle lui avoue avoir tout compris, il lui demande de ne rien dire à sa mère, la confortant dans l'idée qu'il n'est pas mort mais juste absent.

Cette description un peu longue était nécessaire pour que vous compreniez l'enjeu de la scène que je vais vous décrire. Elle se déroule le jour de sa rentrée scolaire. D'une indifférence insupportable pour Elise par rapport à ses inquiétudes légitimes, Paul Tellier, son père fait comme si de rien n'était puis elle éclate en sanglots et leur dit que pour elle il est peut être mort.

Ce qui me frappe dans cette scène, hormis la prestation remarquable de Mélanie Laurent et Kad Merad, c'est que normalement cette réaction qu'à Elise devrait faire réagir ses parents, mais ils n'ont aucune réaction ce qui la rend encore plus folle.

Indifférence ? Au moment ou se déroule cette scène on ne sait pas encore qu'il est mort, et c'est en revoyant toutes les scènes clefs du film que l'on saisit la douleur insoutenable qu'ont dû ressentir ses parents à ce moment car n'oublions pas qu'ils viennent de perdre leur fils.
Quelle contenance, quelle maîtrise, pour ne pas inquiéter davantage leur fille. Mais c'est l'effet inverse qui se produit car c'est le début de sa descente aux enfers.

Il faut être soi même parent pour saisir celà je pense, moi ca m'a bouleversé. Petits, on les protège de tout, des sorcières qui roderaient dans leur chambre ou du grand méchant loup, mais être parent c'est une mission qui ne s'arrête pas à la majorité de son enfant.

Puis on se pose la question, aurait-on fait la même chose ? Lui aurait-on dit la vérité ? N'aurait-ce pas été égoiste ? N'est ce pas mieux pour son enfant de croire que son frère a abandonné toute sa famille y compris sa soeur jumelle, plutôt que de lui annoncer sa mort ? Lourd sujet et traité avec adresse et une justesse remarquable.

Ou était-ce de la lâcheté ? Moi j'y ai vu une preuve d'amour intense de deux parents détruits pour protéger le seul enfant qu'il leur reste.

De plus, dans les cartes que lui écrit son père, il se traite de "gros con", qui ne s'est jamais intéressé à sa musique, ni n'a jamais joué au ballon avec lui, prenant ainsi le risque de se mettre totalement à dos sa fille qu'il aime par dessus tout en endossant virtuellement totalement la responsabilité de sa fugue. Mais pour lui c'est le prix à payer pour le bonheur de sa fille.

Ce qui est intéressant dans ce film et dans cette scène, c'est que l'on se met à tour de rôle dans la peau des parents et dans celui d'Elise. Car j'ai longuement parlé de leur douleur mais celle d'une jumelle dont son frère a disparu d'une part mais qui ne lui laisse aucun message est également insoutenable et Melanie Laurent montre ici tout son talent.
C'est un film qui m'a complètement bouleversé et je tenais vraiment à vous faire partager mes impressions. J'espère que cette scène vous donnera envie de voir ou de revoir ce film.

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