L'apprenti Cyrano

Guillaume Depardieu tente maladroitement de déclarer sa flamme.



Bon alors pour moi, Les Apprentis, c’est un de ces quelques films plutôt souterrains qui relèvent pourtant pas mal le niveau moyen des comédies françaises. Le film, sorti en 1995, raconte la vie foutraque de deux gentils paumés, légèrement en marge de la société, que les vicissitudes de leurs existences respectives vont rapprocher et entraîner dans une série de tribulations drolatiques.
Comédie sociale, parce que décrivant le quotidien de deux presque-travailleurs à l’époque contemporaine, comédie burlesque car parsemée de situations assez improbables, comme la descente d’une cage d’escalier d’un immeuble haussmannien en ski, ou le cambriolage épique et nocturne des locaux d’un journal spécialisé dans les sports de combats, forfait contrarié par l’irruption intempestive d’un félin acariâtre puis découvert et sanctionné par une justice expédiée en kimono et sur tatami.

Le film doit sa réussite, comme c’est normalement le cas lorsque la construction repose sur un binôme, à l’émouvante complémentarité des deux acteurs principaux. François Cluzet est un écrivaillon sec et nerveux, tendance Joe Dalton en plus sympathique. Guillaume Depardieu est un Averell lunaire, la bêtise et l’ingestion de savon solide en moins.

La scène que je préfère, et qui témoigne de la relative supériorité du scénario sur l’ensemble de la production comique nationale, scénario écrit par le metteur en scène Pierre Salvadori, est celle où Guillaume Depardieu, épris d’une belle auprès de laquelle il se fait passer pour un photographe émérite alors qu’il sait à peine appuyer sur un déclencheur, tente maladroitement de déclarer sa flamme.

L’effet comique est induit par :
-le jeu tout en finesse et en émotion contenue de Depardieu junior, qui montre là que le talent peut être chose héréditaire.
-la beauté diaphane de la jeune fille, semblant tout droit issue d’une chanson de geste médiévale.
-l’inversion soudaine des valeurs, et là je n’en dis pas plus pour ceux qui n’ont pas déjà vu le film.
-la mise en scène métaphorique, par laquelle intériorité et éléments du décor communiquent..

Moralité : méfiez-vous des jeunes filles qui ont la peau trop douce.

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