Les affranchis : un torrent de balles pour le pauvre Spider

Qu'est ce qu'un affranchi ? Si on ouvre le dictionnaire à la page 23 du Robert, on lit : "un affranchi est une personne qui mène une vie libre en dehors de la morale courante, qui s'est délivrée de tout ce qui gène". L'introduction est faite, tout est dit. Tout ce qui gène...les lois, les concurrents, et ceux qui peuvent vous faire perdre la face devant vos amis, comme on va le voir dans l'extrait.

"Les affranchis", (The goodfellas), sorti en 1990, est un film de Martin Scorsese à qui l'on doit des monuments comme 'Les nerfs à vif", "Casino", "Gangs of New-York", "Shutter Island", ou "Taxi driver", pour ne citer que les plus connus.

Ce film, dont l'histoire se déroule entre les années 50 et 80 est tiré du livre "Wiseguy" de Nicholas Pileggi qui raconte la vraie vie d'Henri Hill (Ray Liotta).

Dans la scène d'ouverture, ce dernier admet "Autant que je me souvienne, j'ai toujours rêvé d'être gangster".
Son histoire commence en 1955. Gamin dans une cité ouvrière de Brooklyn, il est fasciné par la famille Lucchese, la mafia locale en quelque sorte. Commencant par des petits boulots comme celà se fait également dans ce milieu, il va progressivement se faire un nom. Puis vont lui être présentés Jimmy Conway (Robert De Niro) et Tommy De Vito (Joe Pesci).
S'en suit alors une vie d'affranchis pour tous les trois qui va très mal finir, comme toujours dans ce milieu. Tommy va se faire descendre, Jimmy purgera une peine de 20 ans de prison et Henri achètera sa liberté en témoignant contre la mafia et finira sa vie dans un patelin perdu ou le programme de protection des témoins l'aura envoyé.

Tirer vers les pieds ou tirer sur les pieds, une question de centimètres

Alors l'extrait qui témoigne le plus de l'ambiance mafieuse de ce film est une scène ou les trois gangsters sont réunis avec leur bande pour jouer aux cartes dans leur bar après une journée de travail...un peu particulière !
Spider (Michael Imperioli) est un jeune serveur qui va devoir en découdre avec le psychopathe Tommy. Les deux se tiennent tête pour une histoire inutile de Whisky commandé ou pas par Tommy. Sauf que Spider ne sait pas à qui il a à faire, ou alors il essaie de s'imposer, ce qui est stupide de sa part, car le dangereux Tommy va le faire danser en lui tirant dans les pieds comme dans les Western pour sauver sa face devant ses "collègues de travail" !!! Car on ne survit pas dans la mafia si on perd son honneur, même pour une question sans importance comme ici. Le problème est qu'il va vraiment lui tirer dans les pieds...

A son retour dans le bar, le jeune Spider a l'air de s'écraser un peu devant le groupe mais c'était sans compter sur les moqueries de Tommy sur son plâtre en forme de ballon. On sent le jeune serveur doté d'un cran remarquable quand il envoie Tommy "se faire foutre". Ce seront ses dernières paroles... Comment pourrait-on vivre plus de cinq minutes après avoir insulté Tommy De Vito ? Encore une fois, à sa décharge, enfin....je précise... disons que Tommy n'a pas eu le choix pour sauver son honneur, sauf qu'avec lui la sanction est radicale !

Pour ce film, Joe Pesci gagna l'oscar du meilleur second rôle masculin. On découvra en lui un acteur remarquable que l'on avait déjà remarqué dans "il était une fois l'Amérique" sorti en 1984, puis que l'on verra dans "Il était une fois le bronx" (1993) et dans "Casino" (1996). Ces rôles de mafieux lui vont comme un gant et dans ce film, il est un peu l'archétype cinématographique du gangster du début des années 30, fanfaron, impulsif, violent.

Ray Liotta, qui a le premier rôle du film, contrairement à ce que l'on pourrait penser, acquit ses lettres de noblesse avec ce chef d'oeuvre qui lui fera je trouve un peu trop d'ombre. L'histoire tourne autour de lui et c'est lui qui nous la raconte.

Quand au jeune Robert De Niro.....on ne le présente plus. Il n'est pas l'acteur qui m'a le plus marqué dans ce film, en raison de la présence forte de Joe Pesci et de Ray Liotta. Celà dit il est brillant comme dans tous ses films.

Je terminerai en faisant remarquer que selon moi, "Les affranchis", tout comme le volet no 3 du "Parrain" marquent la fin d'une époque. Celle de l'Amérique d'après guerre ou s'étaient installées les "familles".Le terme "gangster" n'existe plus désormais. Les règles vont changer.
Heureusement qu'il existe des réalisateurs de talent comme Martin Scorsese pour nous transporter dans ce milieu, cette époque. Aujourd'hui les nouveaux "gangsters" sont beaucoup moins attachants vous ne trouvez pas ?!!!
Moi je suis loin d'être un affranchi, plus proche du monsieur tout le monde qui essaie plutôt d'avoir une vie peinarde, alors oui, ces gangsters me fascinent, mais je suis bien content de pouvoir dormir sur mes deux oreilles !!!

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