Que les gros salaires lèvent le doigt...et commencent à tourner

Que les gros salaires lèvent le doigt

Que les gros salaires lèvent le doigt est le premier film de Denys Granier-Deferre et il est resté gravé dans ma mémoire de jeune adolescent.
Pour un essai ce fut un coup de maitre mais que Denys n’a pas transformé. Il n’a que peu travaillé pour le grand écran ensuite, se tournant plus vers la petite lucarne magique avec la réalisation de quelques épisodes de notre Derrick à nous, j’ai nommé Navarro mais également des Maigret ou des Instit… que du lourd

Je garde une tendresse particulière pour sa première réalisation sorti en 1982. Le risque lorsque l’on revient sur des films de cette époque est de voir les ravages du temps que ce soit sur les acteurs ou la mise en scène ou encore, plus cruellement, sur l’histoire.
Que les gros salaires lèvent le doigt n’échappe pas à la règle en ce qui concerne les acteurs. Daniel Auteuil est un gamin, tout comme Patrick Bouchitey ou Tchéky Karyo. Michel Piccoli et Jean Poiret nous ont quittés et Marie Laforet, qui complète la distribution, ne se montre plus.
Par contre en ce qui concerne l’histoire, le film n’est finalement pas démodé.

André Joeuf (Jean Poiret) est à la tête d’un cabinet d’assurances. Son affaire bat de l’aile et il doit se résoudre à licencier plusieurs de ses collaborateurs. Bien que cynique, il a tout de même un cœur et invite l’ensemble de son personnel dans sa luxueuse maison de campagne pour le week-end.
Le dimanche, en fin d’après-midi, après un bon repas, il annonce aux cadres qu’il doit se séparer de 4 d’entre eux. Le moyen qu’il a choisi pour effectuer sa sélection ?

Le jeu des chaises musicales.

Tout le monde tourne autour de chaises et doit s’assoir dessus au signal et bien sûr il y a une chaise en moins et la personne qui reste debout est virée. Sympa comme concept.

Ce petit jeu malsain est l’occasion de découvrir la face cachée de ces cadres et ce n’est pas joli à voir. Je ne parle même pas de la méthode du patronat. Besancenot aurait apprecié.
Cette scène est d’une cruauté inouïe. Bien sûr, c’est une farce, mais le thème reste encore d’actualité. Le monde du travail, les licenciements, la crise, la pression, tout ces sujets ont été et sont encore dans l’air du temps et à la Une de nos journaux. La scène est une sorte de temoignage sur notre environnement professionnel. Elle passe en revue les différents types d'employés. Le lâche, le fort en gueule, le timide, le pleurnichard, l'aigri, tout y passe.

C’est incroyable de voir ces pauvres cadres se prêter à cette mascarade et repartir dépités, rageurs ou grands seigneurs. Leur défaite leur donne néanmoins l’occasion de vider leur sac comme Patrick Bouchitey par exemple.
On se délecte des differentes réactions de chaque perdant. C’est cruellement drôle mais comment chacun d’entre nous réagirait-il dans pareil situation ?
Vous partez sans participer au « jeu » ?
Sans pitié, vous virez celui qui se met en travers de votre route ?
Vous insulter le patron en cas de défaite ?
Comment savoir ?

Jean Poiret et Michel Piccoli sont parfaits, bien dans leurs rôles, et Daniel Auteuil est un faux cul accompli. 4 ans après ce film, et quelques nanars, il jouait Ugolin dans Jean de Florette… étonnant non ?

Jeu de chaises musicales par george-orwell