Les Misérables de Claude Lelouch avec Annie Girardot touchée par la grâce

En 1994, Claude Lelouch sort sa version des Misérables avec une distribution que lui seul peut réunir à l’écran, jugez plutôt : Jean-Paul Belmondo, Michel Boujenah, Alessandra Martines, Salomé Lelouch, Annie Girardot, Philippe Léotard, Clémentine Célarié, Philippe Khorsand, Ticky Holgado, Rufus, Jean Marais, Micheline Presle, Robert Hossein, Darry Cowl, Antoine Duléry, Jacques Gamblin, Pierre Vernier, Cyrielle Claire, Sylvie Joly...
Il y a peu de jeunes premiers mais cela reste la fine fleur du cinéma Français de l’époque.

A sa sortie, le film était un événement car mélanger le lyrisme cinématographique de Lelouch au romantisme social et réaliste de l’oeuvre phare d’Hugo était une gageure. Il connu d'ailleurs une très belle carrière couronnée par un Golden Globe du meilleur film étranger et un césar du meilleur second rôle féminin pour Annie Girardot qui faisait son grand retour sur l’écran après quelques années d'absence.
Tout le monde se souvient de son discours lors de la remise du trophée. Vous pourrez le revoir à la fin de la vidéo ci-dessous.

Je ne tenterais même pas de vous résumer le film. l’oeuvre d’Hugo y est omniprésente que ce soit dans la narration de l’histoire ou dans les grandes scènes du livre. Expliquer les différentes interactions entre le film et l’oeuvre littéraire serait trop compliqué.

Il y a bien sur une séquence dont j’aimerais vous parler en particulier. Elle met en scène Annie Girardot qui incarne Madame Thénardier et Michel Boujenah qui joue André Ziman, un juif qui fuit les persécutions nazis de 1940.

Réfugié à la campagne, André Ziman se cache dans la cave de la maison de monsieur et madame Thenardier. Chaque mois, il leur donne un chèque au porteur pour que Monsieur (Philippe Léotard) se rende en suisse (et oui déjà la suisse) afin de retirer une somme d’argent en dédommagement des frais engendrés par son séjour dans leur cave.
Au fil des mois, André et la mère Thénardier tissent des liens d’amitiés malgré le regard désapprobateur et la jalousie latente du Père Thénardier.

La guerre traîne en longueur et André Ziman, toujours terré dans sa cave devient une source de revenu non négligeable pour les Thénardiers qui finissent par trouver leur intérêt à cacher ce juif qu’ils pourraient si facilement dénoncer.
Ainsi, lorsque la fin de la guerre arrive, ils réalisent que c’est également la fin des petits voyages lucratifs en Suisse. Ils décident donc de lui cacher la vérité pour continuer à profiter de la poule aux oeufs d’or. Ils inventent alors une nouvelle histoire qui voit les troupes allemandes annexer l’Europe entière et pourchasser les juifs dans les moindres recoins du vieux continent.

La scène ci-dessous se déroule dans la cave entre Madame Thénardier et André. Elle vient de lui proposer de passer un petit moment agréable avec elle. Michel Boujenah, André, lui demande si elle se rend bien compte de ce qu’elle lui propose ? Et ce qu’elle lui propose c’est juste de faire l’amour avec lui.
Et là, elle part dans un monologue dans lequel elle explique qu’elle est usée, qu’il est là, que c’est la guerre. Elle a l’impression d’être au bout de sa vie. Elle n’est pas certaine d’être vivante le lendemain. Le moment présent est le seul qui compte. Le seul qui mérite qu’on y prête attention. Il faut donc passer au dessus du poids de la vie.

C’est, je pense, un des très beau monologue du cinéma français. Annie Girardot a un accent d’authenticité rare. Elle ne joue pas. Elle n’interprète pas. Elle témoigne, elle vie, elle raconte sa vie, son parcours. On ressent presque la joie et en même temps la souffrance qu’elle a d’être vivante devant une caméra.
Sa voix rocailleuse et aiguë ajoute encore à l’émotion. C’est un grand moment de cinéma “Lelouchien” (où pour une fois, il ne tourne pas autour des acteurs caméra à l’épaule). Claude Lelouch, un des rares réalisateurs français permettant aux acteurs de donner tant devant une caméra.


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