La scène de l’oreille coupée dans Reservoir Dogs... un montage au rasoir

Reservoir Dogs

Reservoir Dogs de Quentin Tarantino est sorti en 1992. C’est le récit non linéaire d’un braquage raté. Nous découvrons, au gré de la narration propre à Tarantino, les évènements avant et après le braquage. Le casting est haut en couleur et d'ailleurs, chaque membre du gang porte le nom d’une couleur. Nous avons, Harvey Keitel, M. White, Tim Roth, M. Orange, Michael Madsen, M. Blonde, Steve Buscemi, M. Pink, Quentin Tarantino, M. Brown et Edward Bunker, M. Blue

C’est la première réalisation de Tarantino, son film fondateur, qui laisse apercevoir ce qui fera sa patte dans ses réalisations suivantes. Violence, langage cru, dialogues ciselés, humour décalé, montage original et bande son 70’s.

Sans revenir sur l’intrigue du film je voudrais parler de la fameuse scène de l’oreille coupée. Michael Madsen, Mr Blonde, est dans un entrepôt avec un flic prénommé Marvin, joué par Kirk Baltz et Tim Roth, Mr Orange, qui est tranquillement mais sûrement en train de se vider de son sang.

En attendant le retour de ses complices, Mr Blonde doit surveiller Marvin le flic qui est ligoté et bâillonné sur une chaise. Mais Mr Blonde s’ennuie (le pauvre).
Il allume donc la radio et commence quelques pas de danse autour de la chaise sur une chanson des années 70 “Stuck in the Middle With You". Pour impressionner Marvin, il joue avec son rasoir. On sent bien qu’il a envie de “s’amuser” un peu. Mais soudainement, il s’arrête de danser, le regarde avec des yeux vides et d’un seul coup lui entaille la joue puis s’assoit sur ses genoux et lui coupe l’oreille, le tout en moins de 15 secondes. Comme s’il était victime d’une espèce de montée délirante, une bouffée de violence.

La légende veut que Quentin Tarentino ait tourné deux versions de cette scène. La première où l’on voit Michael Madsen couper l’oreille et la seconde, finalement gardé dans le montage final, où la caméra se décale sur la gauche pendant qu’il opère.

La force de cette scène tiens à ce petit mouvement de caméra. Le pouvoir de l’imagination est supérieur à celui de l’image. Sans le voir, on ressent de façon plus clair la douleur que peut représenter le fait de se faire couper une oreille à vif. C’est probablement cette petite finesse au montage qui donne sa force à la scène. Un passage violent de plus n’aurait pas dérangé Tarantino mais cette pudeur symbolique montre la réflexion du réalisateur à priori. On comprend qu’il a pensé sa scène et s’est donné l’opportunité d’avoir le choix pendant le montage. Un choix crucial qui allait faire de cette scène un objet culte.

La fin de la scène a moins marqué les esprits mais notre ami de la maréchaussée est tout de même arrosé d’essence et transformé en torche humaine ce qui permet à Micheal Madsen d’allumer sa cigarette. C’est donc désormais prouvé par Tarantino, fumer tue !


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