Liaisons dangereuses : le pupitre charnu de Valmont

Des fesses pour pupitres, une idée pas très récente

Elles ont beaucoup été critiquées en France, les adaptations des Liaisons dangereuses, le roman épistolaire de Choderlos de Laclos.

A croire que seuls les français peuvent comprendre et restituer la finesse des oeuvres de leurs compatriotes. Peut-être. Mais là n'est pas la question. La question serait plutôt de voir de quelle manière l'un des épisodes les plus pervers du roman a été traduit au cinéma.

Il s'agit de la scène où le séducteur Valmont, ayant parié qu'il réussirait à se faire aimer d'une dévote mariée et prude, écrit une lettre à cette dernière sur la croupe nue (comprendre les fesses) de la jeune fille avec laquelle il passe la nuit.

Dans le roman, la lettre 47 place le contexte, tandis que la 48 est la fameuse lettre réalisée sur le pupitre charnu offert par la chute de reins d'Emilie (cf ci-dessous).

La perversité tient sans doute autant à la situation qu'au double-sens véhiculé par la lettre elle-même. Valmont alors qu'il semble déclarer sa flamme, dévoile à mots couverts la situation lubrique dans laquelle il se trouve avec sa concubine d'un soir.

- John Malkovich, le Valmont (1988) de Stephen Frears utilise effectivrement le fessier de la belle comme support pour son encrier tandis que le creux des reins sert de pupitre.

- Colin Firth, le Valmont (1989) de Milos Forman, lui, est tout concentré sur le fondement en chair de la jouvencelle tandis qu'il lui dicte la lettre.

Deux scènes très différentes. Deux scènes très érotiques. Quelle est la meilleure ? A vous de juger.


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La version de Frears avec Malkovich et Laura Benson.

La version de Milos Forman avec Colin Firth et Fairuza Balk :




Pour ceux que la version originale intéresserait, la voici :

Lettre 47

[...] Cette gaieté, et peut-être ma longue retraite, m'ont fait trouver Emilie si désirable, que je lui ai promis de rester avec elle jusqu'à la résurrection du Hollandais.

Cette complaisance de ma part est le prix de celle qu'elle vient d'avoir, de me servir de pupitre pour écrire à ma belle Dévote, à qui j'ai trouvé plaisant d'envoyer une Lettre écrite du lit et presque d'entre les bras d'une fille, interrompue même pour une infidélité complète, et dans laquelle je lui rends un compte exact de ma situation et de ma conduite. Emilie, qui a lu l'Epître, en a ri comme une folle, et j'espère que vous en rirez aussi.

Comme il faut que ma Lettre soit timbrée de Paris, je vous l'envoie; je la laisse ouverte. Vous voudrez bien la lire, la cacheter, et la faire mettre à la Poste. Surtout n'allez pas vous servir de votre cachet, ni même d'aucun emblème amoureux; une tête seulement. Adieu, ma belle amie.

Lettre 48

Du Vicomte de Valmont à la Présidente Tourvel

Paris, ce 30 août.

C'est après une nuit orageuse, et pendant laquelle je n'ai pas fermé l'oeil; c'est après avoir été sans cesse ou dans l'agitation d'une ardeur dévorante, ou dans l'entier anéantissement de toutes les facultés de mon âme, que je viens chercher auprès de vous, Madame, un calme dont j'ai besoin, et dont pourtant je n'espère pas pouvoir jouir encore.
En effet, la situation où je suis en vous écrivant me fait connaître, plus que jamais, la puissance irrésistible de l'amour; j'ai peine à conserver assez d'empire sur moi pour mettre quelque ordre dans mes idées; et déjà je prévois que je ne finirai pas cette lettre, sans être obligé de l'interrompre.
Quoi! ne puis-je donc espérer que vous partagerez quelque jour le trouble que j'éprouve en ce moment? J'ose croire cependant que, si vous le connaissiez bien, vous n'y seriez pas entièrement insensible. Croyez-moi, Madame, la froide tranquillité, le sommeil de l'âme, image de la mort, ne mènent point au bonheur; les passions actives peuvent seules y conduire; et malgré les tourments que vous me faites éprouver, je crois pouvoir assurer sans crainte, que, dans ce moment même, je suis plus heureux que vous.
En vain m'accablez-vous de vos rigueurs désolantes; elles ne m'empêchent point de m'abandonner entièrement à l'amour, et d'oublier, dans le délire qu'il me cause, le désespoir auquel vous me livrez. C'est ainsi que je veux me venger de l'exil auquel vous me condamnez. Jamais je n'eus tant de plaisir en vous écrivant; jamais je ne ressentis, dans cette occupation, une émotion si douce, et cependant si vive.
Tout semble augmenter mes transports: l'air que je respire est brûlant de volupté; la table même sur laquelle je vous écris, consacrée pour la première fois à cet usage, devient pour moi l'autel sacré de l'amour; combien elle va s'embellir à mes yeux! j'aurai tracé sur elle le serment de vous aimer toujours! Pardonnez, je vous en supplie, le délire que j'éprouve. Je devrais peut-être m'abandonner moins à des transports que vous ne partagez pas: il faut vous quitter un moment pour dissiper une ivresse qui s'augmente à chaque instant, et qui devient plus forte que moi.

Je reviens à vous, Madame, et sans doute j'y reviens toujours avec le même empressement. Cependant le sentiment du bonheur a fui loin de moi; il a fait place à celui des privations cruelles. A quoi me sert-il de vous parler de mes sentiments, si je cherche en vain les moyens de vous en convaincre? Après tant d'efforts réitérés, la confiance et la force m'abandonnent à la fois. Si je me retrace encore les plaisirs de l'amour, c'est pour sentir plus vivement le regret d'en être privé. Je ne me vois de ressource que dans votre indulgence, et je sens trop, dans ce moment, combien j'en ai besoin pour espérer de l'obtenir. Cependant jamais mon amour ne fut plus respectueux, jamais il ne dut moins vous offenser; il est tel, j'ose le dire, que la vertu la plus sévère ne devrait pas le craindre: mais je crains moi-même de vous entretenir plus longtemps de la peine que j'éprouve. Assuré que l'objet qui la cause ne la partage pas, il ne faut pas au moins abuser de ses bontés; et ce serait le faire, que d'employer plus de temps à vous retracer cette douloureuse image. Je ne prends plus que celui de vous supplier de me répondre, et de ne jamais douter de la vérité de mes sentiments.

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