Lost in translation : le point sur la petite culotte rose de Scarlett Johansson

La culotte de Charlotte dans Lost in translation

Le cinéma, tout comme les autres formes d'art, d'ailleurs, n'est pas un art isolé.

Quand il ne s'agit pas de s'inspirer d'une ambiance ou d'une structure, une partie du talent des réalisateurs réside dans leur capacité à identifier chez leurs prédécesseurs des morceaux d'anthologie, à les réadapter, les sublimer, les maquiller pour les intégrer de manière harmonieuse dans leur oeuvre.

C'est ainsi que le cinéma inspire le cinéma. Mais parfois aussi, on s'aperçoit que certains réalisateurs parviennent à combiner plusieurs formes d'art et - par exemple - à répliquer l'impression créée par une oeuvre picturale dans une oeuvre cinématographique.

L'un des exemples les plus parlants de ce type d'hommage est probablement la scène d'ouverture de Lost in translation.

Le film s'ouvre sur la croupe de Scarlett Johansson. La jeune femme, allongée sur le côté, tourne le dos au spectateur. Elle ne porte rien d'autre qu'un maillot de corps, un chandail de laine grise et une petite culotte à la coupe sage ... et à la transparence suggestive.

La caméra s'attarde sur la silhouette, les courbes et les replis de la jeune femme et si ce n'étaient les mouvements presque imperceptibles du corps, on croirait une peinture ou une photographie.

Pour ce plan, lent, esthétisant, Sofia Coppola n'a pas caché s'être inspirée des oeuvres de l'artiste photoréaliste américain John Kacere et tout particulièrement de sa peinture intitulée Jutta, une huile sur toile datée de 1973. L'oeuvre en question apparaît d'ailleurs dans le film sur l'un des murs de la chambre d'hôtel qu'occupe Charlotte (Scarlett, donc).

La spécificité de Kacere a été de peindre des détails de corps de femmes (notamment la croupe et la région pelvienne) en lingerie . Et jusqu'à sa mort en 1999, dans chacune de ses représentations, il a conservé la culotte du modèle. Composante essentielle de l'oeuvre de Kacere, la petite culotte cristallise également les interrogations du film et fournit des renseignements importants sur la personnalité de Charlotte. La forme de la culotte, le textile dont elle est faite (du coton, vraisemblablement) et sa couleur, un rose virginal, symbolisent le fait que le personnage a encore un pied dans l'enfance. La transparence de la lingerie au contraire affirme l'érotisme latent de Charlotte.

Coppola sait poser l'ambiance. La musique, la teinte choisie pour les images, la langueur de la pose installent l'univers dans lequel le spectateur va se laisser porter au fil des insomnies d' un comédien (Bill Murray) au crépuscule de sa gloire et d'une jeune mariée qui s'ennuie. Deux spleens qui se rencontrent et s'accentuent à la faveur du choc culturel créé par l'immersion dans Tokyo.

Pour l'anecdote, Scarlett Johansson, dont on sait désormais qu'il lui arrive d'être dans l'intimité une adepte de l'auto-portrait sexy, est pourtant quelqu'un d'apparemment timide face à la caméra. Au point que cette scène s'est avérée être un véritable défit pour elle.

Lorsqu'on lui a demandé pendant une interview comment Sofia Coppola s'y était prise pour la mettre à l'aise, la jeune actrice a répondu :

J'avais mangé tellement de Udon [NDLR : pâtes japonaises composées de farine de blé, mélangée à de l'eau et du sel], que j'ai juste pensé: "Oh mon Dieu, je ne vais pas être à mon avantage dans ces sous-vêtements." Je n'avais pas vraiment envie de porter ces dessous parce que je me sentais extrêmement gonflée à force de manger du Udon en permanence. Sofia me disait : "Eh bien, tu sais, ce serait bien si tu pouvais porter cette lingerie," parce que c' était écrit dans le script. Mais elle ajoutait : "Mais je comprends si tu es mal à l'aise." Elle m'a également dit: « Je te propose de les essayer moi-même pour te montrer. Comme ça, tu pourrais voir ce que ça donne. Tu jettes un oeil au résultat et si tu ne veux toujours pas le faire, alors bien sûr, rien ne t'y obligera. " Je me suis dit," Bon, c'est plutôt fait play. Et bien-sûr, Sofia est longiligne, fine, son corps est très élégant et évidemment cette culotte lui allait particulièrement bien. Mais c'est de cette manière qu'elle s'y est prise pour me convaincre."

Créer une scène culte réclame apparemment une bonne dose d'abnégation et de pouvoir de conviction ! Il faut être prêt à donner de sa personne ...

Mais le jeu en vaut la chandelle, vous pourrez le vérifier ci-dessous !




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